Clémentine Cuvillier-Fleury

Clémentine Cuvillier-Fleury (1870-1956)

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Clémentine est notre grand-mère. Elle est née le 24 décembre 1870 pendant le siège de Paris. Elle se prénommait Marguerite, Marie, Laure, dite Clémentine, ce qui est compliqué vous l’avouerez. Mais ma grand-mère tenait beaucoup à ce « dite Clémentine » à cause de Clémentine Cuvillier-Fleury, la fille de son grand-oncle, Alfred-Auguste Cuvillier-Fleury qui joua un rôle de grand-père dans sa vie.

Fille de Jules Cuvillier-Fleury et de Caroline Legris, elle est l’aînée d’une famille de cinq enfants dont les trois garçons sont  morts sans postérité.

Sa petite sœur, Jeanne, épousa Léon Gerbaux, médecin des armées. Il eût lui-même cinq enfants, dont Henri, parrain de ma mère, est mort d’un accident de voiture à Auxerre en allant chercher des huîtres pour le repas de Noël. Il était juge. Un autre de ses fils était Alain Gerbaux, qui fut cardiologue et aida beaucoup notre mère qui était cardiaque. Une autre fille était Elizabeth que j’adorais : elle travaillais et gagnait sa vie au grand dam de la famille bourgeoise dont nous faisions partie . Lorsque j’étais petite, elle m’impressionnait et faisait l’objet de mon admiration.  Je me suis toujours promis que je ferai comme elle, voeux que j’ai accompli malgré les réticences de ma famille .

Clémentine fut dès son enfance élève au pensionnat de la Légion d’honneur de Saint-Denis  où elle se fit beaucoup d’amies mais n’y fut pas heureuse. C’est en tout cas ce qu’elle me disait. Elle gardait précieusement ses cahiers de géographie, admirablement écrits et illustrés de magnifiques cartes qu’elle m’a bien souvent montrées.  Son uniforme était gris, me racontait-elle, avec une ceinture dont la couleur variait selon les mérites. Elle me disait aussi combien la discipline était sévère et les habitudes strictes.

Est-ce dans ce pensionnat qu’elle apprit le piano et la peinture ? Sans doute.  Je garde un souvenir inoubliable des rudiments de solfège qu’elle m’a enseignés sur le piano de son salon. Quant à ses dons pour la peinture, rappelons que chacun de nous, ses petits-enfants, possédons des tableaux et miniatures auxquels nous tenons beaucoup. Ma sœur Odette a hérité ce don pour la peinture. Elle nous donne parfois de très belles productions, aussi bien de miniatures que de pastels ou aquarelles .

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Extrait du cahier de géographie

La famille de ma grand-mère habitait 22 rue Gay-Lussac. Elle me racontait qu’un de ses frères (Maurice ?) s’installait sur le balcon et interpellait les belles demoiselles, geste qui terrorisait mon aïeule à cause de son père qu’elle semblait beaucoup craindre.

Lorsqu’elle sortit de son pensionnat, ses parents décidèrent qu’elle «veillerait sur leur vieillesse», ce qui voulait tout simplement dire qu’elle ne se marierait pas. Mais leurs vœux ne furent pas PHMONMERexaucés puisqu’à 35 ans, le 25 juillet 1905, Clémentine épousa Arthur MONMERQUÉ qui était veuf et père d’une fille de 13 ans environ (notre chère tante Anne) et de 15 ans plus âgé que Clémentine. Ancien élève de  Polytechnique, Arthur avait ensuite fait l’école des Ponts et Chaussées et fit une brillante carrière (bientôt sera publié sur internet l’histoire de la famille Monmerqué) . J’ai pu savoir qu’Alfred Auguste Cuvillier-Fleury et Louis Jean Nicolas Monmerqué (le grand-père d’Arthur) se connaissaient et s’appréciaient… Sont-ils à l’origine de cette union, on ne peut l’affirmer. Dans leur contrat de mariage,  on peut lire qu’elle apportait en dot  50 000F,  montant d’une avance consentie par « une personne bien connue des parties « .

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Odette Monmerqué

Onze mois après son mariage, elle donne naissance à une fille, Odette qui mourut à l’âge de 6 ans, en 1912, lors d’une épidémie de typhoïde. Ma grand-mère ne s’est jamais consolée de cette perte et dans son appartement du 19 rue Decamps où nous allions Odette et moi déjeuner toutes les semaines, elle nous emmenait dans la salle de bain voir la baignoire « où sa fille Odette avait sucé une éponge qui lui donna la typhoïde ». Effrayée par cette sorte de symbolique,  je ne supporte plus les éponges …

En juillet 1915, ma mère naît. Son père avait donc avait donc 60 ans et sa mère 45 ans.

Après cette date, il y a un trou immense. Qu’a fait Clémentine ? Comment a-t-elle vécu ? Je sais seulement qu’elle avait son jour de réception comme c’était l’usage dans les « bonnes » familles autrefois.

Je la retrouve dans mes jeunes années : elle était toujours vêtue de noir avec des jupes très longues et portait « un soutien-glotte ». Elle était plutôt petite, sourde mais, Dieu merci, pas aveugle : jusqu’à la fin de sa vie, elle emmenait partout son matériel pour peindre ses miniatures.

Elle nous invitait à déjeuner chez elle, ma sœur aînée et moi, tous les jeudis (nous faisions nos études au Cours Victor Hugo, très proche de la rue Decamps dans laquelle elle habitait au n°19). Je me rappelle des moments d’intimité où elle nous racontait sa vie au pensionnat de la Légion d’Honneur et nous montrait ses cahiers de classe qui furent un modèle idéal que je n’ai jamais atteint.

La famille au grand complet venait aussi chez elle déjeuner tous les dimanches. Ces repas n’étaient pas toujours très sereins puisque je la vois encore jeter un plat à la figure de mon père devenu blanc comme un linge pour une raison inconnue.

Elle s’était fâchée avec « le grand méchant Mimi », le mari de sa belle-fille, Anne Desplanques-Bridault. C’est ainsi que Tante Anne, qui adorait ma mère (et c’était réciproque), venait nous voir sans l’accord de son mari. L’événement était rare, mais alors c’était une vraie fête !

Ma grand-mère avait deux « bonnes », Eulalie (la femme de chambre) et Augustine (la cuisinière). Habillées de robes longues et grises, elles régnaient en maître l’une sur l’office et la cuisine et l’autre sur la lingerie et l’argenterie. Augustine était si petite qu’il lui fallait se jucher sur un tabouret pour faire la vaisselle. Ma grand-mère surveillait de très près « sa domesticité ». A ce propos je me rappelle deux anecdotes :

Un jour que ma grand-mère avait attaqué Augustine sur une trop grosse dépense, mon frère Hugues monta debout sur la table de la cuisine. Furieux, il brandit un doigt vengeur en lui disant »  Tu ne dois pas attaquer Augustine, elle est gentille »

A la fin des repas rituels du dimanche, ma grand-mère sortait du plus profond de ses jupes les clés du placard qui contenait le café … et la chicorée. Eulalie lui présentait alors une cuillère et deux assiettes : dans l’une elle mettait la dose de café destinée à mes parents et elle et dans l’autre la chicorée … attribuée à Eulalie et Augustine !

Ma grand-mère était avare pour les petites choses mais très généreuse pour les grandes. Elle a ainsi financé l’achat de la villa de Deauville, les travaux de la maison de Tournan, le pensionnat d’Hugues mon frère et l’employée de maison de ma mère qui était handicapée par sa maladie de cœur. Par contre, je n’ai aucun souvenir de cadeaux de sa part, aussi bien pour Noël que pour les anniversaires. Mais je me rappelle mes promenades avec elle  pendant lesquelles, avec une patience infinie, elle m’expliquait tel ou tel mot de vocabulaire ou me racontait sa vie de jeune fille. C’était là le plus beau cadeau qu’elle pouvait me faire et c’est ainsi que j’ai appris à l’aimer.

Elle est décédée en son domicile, 19 rue Decamps à Paris, le 3 Décembre 1956 à la suite d’une mauvaise grippe.

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